A rebours
Dans quel réel se trouve-t-on ? Entre le réel du quotidien vécu et les informations données par les médias qui décrivent aussi un réel distant, des entrechoquements se font, qui produisent notre réalité. Des films qui travaillent sur la façon dont ces deux réels s’entrechoquent. Comment ? En inversent le cours du temps, comme le fait l’historien, pour tenter de dévoiler la causalité, mais surtout trouver la complexité, au delà de l’apparente objectivité de toutes choses. Une série en cours de réalisation par Benoît Labourdette.
Haro sur les maris violents
Court film de 2’13sec, construit sur la confrontation d’un article de presse du 25 novembre 2009 et un plan filmé dans les transports en communs parisiens, le même jour. Le quotidien confronté à l’information. Les deux, le texte et le film, sont en marche arrière, pour proposer une distance « historique » sur ce qui s’entrechoque au quotidien et forge notre sentiment du réel.
Texte du film :
Enfin, la Ville travaille sur une démarche au sein des établissements scolaires, dans le cadre de l’éducation des jeunes à la sexualité. Trois autres actions porteront début 2010 sur les violences conjugales, les mutilations génitales et les violences sexistes. Dès demain, une autre action sera engagée en direction des élus d’arrondissement, afin de les informer sur le mariage forcé. La prévention grand public, d’abord, avec un visuel plutôt sobre (un buste de femme entouré par des mains masculines) décliné en 2000 affiches et 30 000 cartes postales et brochures, ciblant les victimes de violences mais aussi leurs proches. La Ville lance une nouvelle campagne d’information déclinée en plusieurs chapitres. C’est dans ce contexte qu’est organisée aujourd’hui la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. Le taux de plaintes pour violences au sein du couple étant évalué à 8%, entre 34000 et 38000 Parisiennes auraient donc été les victimes silencieuses des violences domestiques au cours de cette année. En 2008, 3174 « situations de violences au sein du couple » ont été déclarées à la police, une statistique désespérément stable d’une année à l’autre. La capitale n’échappe pas à la règle des violences conjugales. Les femmes battues seraient plus de 30000 à Paris. Proches, jeunes et élus sont concernés. La Ville lance une nouvelle campagne à l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. Haro sur les maris violents.
Haro sur les maris violents
- Un film de Benoît Labourdette (2009)
L’évèque négationniste persiste et signe
Court film de 2min 20sec, construit à partir d’images du réel quotidien, mises en marche arrière, confrontées à la lecture des articles de la presse du jour, lus en marche arrière aussi. La recherche d’une distance.
Les correspondances entre la pluie, qui embue les lunettes, qui empêche de voir, et les thèses négationnistes à l’ordre du jour des médias pendant quelques instants, qui sont aussi des manières de ne toujours pas vouloir voir. Le réel surgit de cette confrontation, me semble-t-il.
Texte du film : « Cette fin de non-recevoir que monseigneur Williamson oppose au Vatican devrait interrompre son processus de réintégration au sein de l’Eglise catholique, signant la fin d’une polémique, mais aussi le début d’un nouveau schisme entre le Vatican et ceux qui restent fidèles au négationnisme. »Je dois tout réexaminer encore une fois et voir les preuves« , dit-il, avant de »s’étonner« de la polémique qui entoure ses déclarations. Au Spiegel, il indique également »avoir fait des recherches dans les années 1980« sur ce sujet et être, »pour cette raison, convaincu de l’exactitude« de ses positions. Mais cela va prendre du temps », précise-t-il. Et si je trouve des preuves, alors je rectifierai [les propos tenus]. Il estime en effet qu’il lui faut d’abord des « preuves » : « Il s’agit de preuves historiques, pas d’émotions. Depuis l’Argentine où il vit, l’évèque britannique a expliqué par e-mail au magazine allemand, dont la version papier est publiée aujourd’hui, qu’il ne compte pas répondre à l’injonction du Vatican de »prendre sans équivoque et publiquement ses distances« avec ses déclarations sur la Shoah. L’évèque veut des »preuves« . Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz », il persiste. Après avoir nié l’existence des chambres à gaz dans un entretien diffusé par la télévision suédoise le 22 janvier, où il déclarait : « Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz. Pas de repentir pour Richard Williamson. L’évèque intégriste de 67 ans, membre de la fraternité Saint-Pie X, que Benoît XVI a réintégrée à l’église le 24 janvier, a réitéré ses propos négationnistes dans une interview publiée samedi sur le site Internet de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Polémique. Richard Williamson continue de nier l’existence des chambres à gaz. L’évèque négationniste persiste et signe. »
L’évèque négationniste persiste et signe
- Un film de Benoît Labourdette (2009)
L’adolescente écrouée
Ce court film (2min 24s), réalisé par Benoît Labourdette (image, son, montage, musique et voix - janvier 2009), fait se rencontrer le réel de la surprise avec la neige, un matin, là où elle n’était pas du tout prévue, avec l’information lue dans le journal quasiment au même moment, quelques minutes plus tard, à propos d’un drame familial intime et imprévisible aussi. Notre réel, composé de la confrontation de la beauté et du drame. Mais le réel des autres, aussi, qui vivent des drames et sont exposés, au regard de tous, au moment où ils sont le plus fragile.
Donc : « Les personnes dont on parle dans les faits divers sont de vraies personnes, pas des personnages de fiction. Ce ne sont pas des histoires. Ce n’est pas rien de mettre quelqu’un sur le devant de la scène, au moment où il y est le moins préparé. C’est une responsabilité d’étaler la vie des gens. C’est pourquoi ici les noms et lieux sont changés. »
Le film est composé des images du réel, en marche arrière, confrontés à un mixage de textes issus des journaux du jour, avec les dernières phrases avant les premières, en arrière aussi, afin de donner de la perspective, peut-être, sur le réel résultant, qui est notre vrai réel.
Textes : « Agée de 40 ans, la victime a succombé à ses blessures dans l’ambulance. L’homme, 43 ans, a été placé en garde à vue samedi, puis relâché 24 heures plus tard et mis hors de cause. La jeune fille, armée d’un couteau de cuisine, a poignardé sa mère à la poitrine. Selon le procureur de Créteil, il y a sans doute eu des relations conflictuelles entre la mère et l’adolescente, à cause du concubin. Des tensions existaient, semble-t-il, depuis quelques temps entre l’adolescente et sa mère. Les secours ont été alertés, mais la victime, âgée de 40 ans, couturière, a succombé à ses blessures dans l’ambulance. Si l’adolescente a bien reconnu les faits, elle n’a pas pour autant expliqué les raisons de son geste, mais une querelle pourrait être à l’origine du drame. L’adolescente, armée d’un couteau de cuisine, a poignardé sa mère à la poitrine, puis a aussitôt appelé à l’aide le concubin de cette dernière, mécanicien, alors occupé à réparer une voiture. Un geste inexpliqué. Une dispute semble être à l’origine du drame. Selon une source proche de l’enquête, »s’il y a eu préméditation, ce qui n’est pas du tout sûr, c’est seulement juste avant, sous le coup de la colère« . La jeune fille a été mise en examen pour homicide volontaire sur ascendant et incarcérée dans un établissement pénitentiaire pour mineurs, a-t-on appris hier. Bien qu’elle ait été entendue samedi par les gendarmes, les raisons de son geste restent encore inexpliquées. Une adolescente de 15 ans est accusée d’avoir tué sa mère d’un coup de couteau. Un peu plus tôt, elle avait été mise en examen pour »homicide volontaire sur ascendant« . C’est une sombre affaire de matricide qui agite depuis vendredi la ville de Limeil-Brévannes (Val de Marne). L’adolescente de 15 ans, qui a reconnu avoir tué sa mère samedi à Limeil-Brévannes, a été écrouée dans la nuit de dimanche à lundi. La maison familiale, à Limeil-Brévannes (Val de Marne). Mise en examen pour avoir tué sa mère. Fait divers. »
L’adolescente écrouée
- Un film de Benoît Labourdette (2009)
Cinq pains d’explosif découverts au Printemps Haussmann
Ce court film de deux minutes, réalisé par Benoît Labourdette (image, son, montage, musique et voix - décembre 2008), fait se rencontrer une scène absolument quotidienne des pieds des gens dans les transports en commun, avec l’information divulguée par les médias dans le même temps. Notre réel est formé de la combinaison de notre expérience quotidienne, nos pas en sont, et de la réception de ces informations.
Le texte est composé à partir de ces extraits :
Ce magasin se situait dans l’un des endroits les plus sécurisés de Paris. Le périmètre de sécurité dressé autour du Printemps Haussmann a été levé et la circulation rétablie. La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie de l’enquête ainsi que la brigade criminelle. Mais seuls cinq engins ont effectivement été découverts. Des sources policières faisaient état de 25 pains recherchés. La revendication signalait que « plusieurs bombes » avaient été déposées « dans le magasin Printemps Hommes Haussmann », au « 3e étage dans les toilettes ». Les policiers se sont rendus dans le magasin vers 10h30 - 11 heures pour une simple vérification et sont tombés sur les engins. La découverte d’explosifs au cœur de Paris est à mettre en parallèle avec un autre incident. « Les éléments de revendication ne correspondent pas aux revendications habituelles des groupes islamistes ». « Les services antiterroristes pensent qu’il s’agit plutôt d’un avertissement car tout était indiqué pour retrouver les explosifs ». Le seul indice dont disposent pour l’instant les enquêteurs est la lettre de revendication envoyée par le groupe à l’AFP. « En ce moment, les investigations se poursuivent pour déterminer qui est à l’origine du dépôt de ces explosifs ». Même si les engins explosifs, des « bâtons de dynamite entourés d’un cordon » retrouvés dans les toilettes du grand magasin, selon le ministère de l’intérieur, ne pouvaient exploser en l’état.
Cinq pains d’explosif découverts au Printemps Haussmann
- Un film de Benoît Labourdette (2008)
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