Ateliers audiovisuels pour des jeunes
Exemples d’ateliers animés pour des jeunes dans le domaine de l’audiovisuel et en particulier du numérique et de l’évolution des technologies.
9 janvier 2008. Classe de terminale : préparation des tournages
Depuis 2004, Benoît Labourdette est l’intervenant professionnel de l’option cinéma du Lycée Jean Monnet de Franconville. Suivez ici les étapes du travail sur l’année.
Le 9 janvier 2008, les élèves de classe de terminale ont rendu leurs scénarios et travaillent trois heures avec Benoît Labourdette pour préparer leurs tournages.
Il y a trois groupes. Les scénarios restent souvent un peu laconiques ou littéraires. Le conseil général est de travailler le découpage technique, afin de préciser à la fois les idées de mise en scène, et de permettre de commencer à préparer très concrètement le plan de travail du tournage.
Ils n’ont pas encore tous leurs acteurs, ni leurs lieux de tournages, mais pendant cette séance, confrontés de façon anticipée, par l’intervenant professionnel extérieur, au réel de la problématique concrète de la réalisation du film, ils posent des jalons de contenu et logistiques fondateurs, nous l’espérons, d’un travail de tournage qui pourra leur apprendre le plus de choses possibles, sur les enjeux de la construction de l’image.
Le cinéma Les toiles de Saint Gratien et le lycée Jean Monnet de Franconville
Le cinéma Les toiles de Saint Gratien, dans la banlieue parisienne, fait une programmation de grande qualité, et est partie prenante de projets pédagogiques dans son secteur. A ce titre, il est le partenaire culturel de l’option cinéma du Lycée Jean Monnet de Franconville. Il s’agit d’une option dite « légère », c’est à dire que ce n’est pas une option obligatoire pour les élèves mais une option facultative, avec un coefficient moindre.
L’équipement de cet établissement est relativement conséquent, avec un nombre très correct de caméras et de postes de montage virtuel.
Le programme de l’Education Nationale indique que l’enseignement du cinéma et de l’audiovisuel doit être accompagné par des intervenants professionnels.
Depuis 2004, Benoît Labourdette est l’intervenant professionel de l’option cinéma (Seconde, Première et Terminale) du Lycée Jean Monnet de Franconville.
L’action de formation consiste principalement à apporter aux enseignants et aux élèves un cadre et des méthodes de travail professionnels, bénéfiques à la qualité pédagogique de l’enseignement reçu par les élèves. Les sujets abordés sont l’écriture du scénario, le découpage technique, l’organisation du tournage, et le tournage lui-même. La partie montage est assurée pleinement par les enseignants du lycée.
Atelier « Des jeux optiques aux images numériques » pour le Forum des images
Le 3 avril 2007, Benoît Labourdette a animé un atelier, dans le cadre des ateliers proposés par le Service d’Action Educative du Forum des images, pour une classe de seconde, « Des jeux optiques aux images numériques ».
Le principe de cet atelier, conçu en partenariat avec l’équipe pédagogique du Forum des images, est d’inviter les élèves à prendre conscience des principes fondamentaux de l’image animée, à travers une pratique, qui découle sur des présentations historiques et techniques. On ne fait pas de la pratique toute seule, ni de l’érudition toute seule, on associe les deux. Pratique et notions techniques et historiques prennent sens l’un par rapport à l’autre.
Un autre « challenge » aussi : réussir à faire un atelier participatif pour une classe entière.
Sur la scène du Centre Wallonie Bruxelles (le Forum des images est « hors les murs » pendant ses travaux), d’un côté un ordinateur, relié à un vidéoprojecteur qui projette sur le grand écran en fond de scène, et de l’autre côté, une petite maquette de maisons, avec un projecteur de lumière dirigé dessus. Et un appareil photo numérique.
L’atelier, d’une durée de 2 heures, s’est déroulé selon ces étapes, avec, à tout moment, la possibilité pour les élèves de poser des questions (qui furent nombreuses). Souvent, d’ailleurs, le principe, après une manipulation, ou sur un sujet, est de poser la question aux élèves, au lieu d’apporter la réponse tout de suite. Ainsi on fait venir la réponse non pas « toute faite », mais sur le « terrain » de la discussion avec les élèves :
Prise de vue simple : quelques élèves viennent sur scène prendre des photos de la petite maquette. On les invite à faire des mouvements autour. Le reste de la classe, assis, participe, à sa façon, en commentant, avec l’animateur, la façon dont les photos sont prises : nombre, angles, etc. On reprend ces photos dans l’ordinateur, et l’une d’elle est complètement surexposée :
Le terme « surexposé », évoqué par des élèves, permet de faire la transition vers l’explication de ce qu’est la photographie : d’abord la chambre noire, l’explication de son fonctionnement, puis les principes photochimiques de base, puis la première photo (1826) faite par Nicéphore Niepce. Puis l’évolution du temps de pose, etc.
Ensuite, explication du principe de l’illusion du mouvement au cinéma : persistance rétinienne, cadence d’enchaînement. Avec l’exemple d’un film 35mm, on voit réellement les images. Le cinéma, ce ne sont que des photos les unes derrière les autres, le mouvement n’est qu’illusion.
Prise de vue plus élaborée : D’autres élèves viennent prendre de nouvelles photos, plus élaborées. On améliore la technique, la conscience des enjeux liés à l’animation future de ces images.
On regarde ces photos en grand, et on les anime, à l’aide du logiciel de montage Sony Vegas. On travaille le rythme, on voit, immédiatement à l’oeuvre, ce que donne le changement de cadence, à partir de quel moment le mouvement est fluide.
Pour expliquer le phénomène d’illusion du mouvement, on regarde en détails comment on été faits les effets spéciaux « bullet time » du film Matrix, si souvent repris dans beaucoup de films. On voit le lien direct, dans la simplicité du dispositif, avec les outils d’Etienne Jules Marey, avant même l’invention du cinéma.
Puis on aborde l’historique des supports de l’image animée : le film, puis la bande magnétique (donc, explication des principes de base de la télé-vision, balayage de l’image pour pouvoir la transmettre à distance), puis le numérique.
Les détails du numérique : qu’est-ce qu’une image numérique. On utilise le logiciel de retouche photo Gimp pour montrer les pixels.
Qu’est-ce que la numérisation ? Les 0 et les 1. Qu’y a-t-il sur un DVD ? Physiquement, concrètement.
Le numérique permet une manipulation beaucoup plus aisée de l’image : on fait une incrustation de la photo d’un des élèves, à l’échelle dans le petit décor qu’ils avaient photographié.
Voilà, l’atelier a donc consisté à balayer, à travers des exercices pratiques, les notions de base de l’illusion du mouvement et l’historique des techniques du cinéma, d’ouvrir la porte, si on peut dire d’une part à la compréhension des phénomènes d’illusion et d’autre part aux liens directs entre le cinéma d’aujourd’hui et toute son histoire.
Nous avons mis en place un petit blog, qui permet aux élèves de revoir le petit film exercice réalisé pendant l’atelier, d’avoir quelques liens vers les logiciels employés et de permettre les commentaires.
Blog de l’atelier.
Les exercices faits par les élèves :
« Soupçons », tournage d’un film en classe de seconde
Option cinéma au lycée Jean Monnet de Franconville
Le lycée Jean Monnet de Franconville (95) a une option cinéma « légère ». C’est à dire que la matière cinéma n’est pas une matière principale, mais optionnelle.
Seconde, première, terminale
Dès la seconde, les élèves pratiquent l’audiovisuel.

Tournage en mars 2006
L’option cinéma de seconde est divisée en deux groupes, qui chacun réalise un film. Les tournages ont lieu cette année au mois de mars, afin qu’il reste largement le temps de faire le montage et la projection.
L’intervenant professionnel
Dans le principe du programme de l’éducation nationale pour l’option cinéma, un intervenant extérieur professionnel vient apporter son soutien, son « cadre », aux projets.
Benoît Labourdette est l’intervenant professionnel pour l’option cinéma du lycée Jean Monnet de Franconville.
La méthode de travail
Il est indispensable que les élèves puissent arriver au bout de leur film, qu’il y ait un résultat final, et que leurs ambitions ne soient pas déçues.
C’est pourquoi les tournages doivent être préparés, afin que les élèves puissent réussir, dans le temps imparti, à tourner l’ensemble de leur film.
L’enjeu du scénario
Il y a donc une première séance concernant l’écriture de scénario, pour que les élèves partent dans des projets concrets (il n’est pas réaliste d’écrire un scénario avec hélicoptères et yachts !, mais les élèves n’en ont pas toujours conscience). De façon plus pragmatique, il s’agit notamment de réduire au minimum le nombre de lieux de tournages, un seul lieu étant l’idéal, afin que les élèves puissent se concentrer sur le travail cinématographique : mise en scène, lumière, jeu d’acteur, cadrage, son. C’est déjà énorme.
N’oublions jamais que l’objectif est pédagogique. L’enjeu n’est pas de faire le « meilleur » film, mais de faire participer les élèves à un projet de film à travers lequel il vont être enrichis le plus possible dans leur conscience des enjeux de l’image.
La préparation du tournage : démystifier !
La deuxième séance est consacrée à la préparation du tournage : je leur introduit au concret de ce que c’est que faire un film, et à une distinction des postes principaux « indispensables » pour réaliser une fiction :
réalisation.
assistanat à la réalisation.
lumière.
cadrage.
son.
scripte.
et bien-sûr acteurs.
Très vite, ils prennent conscience des enjeux de chaque poste, et du fait que le poste de réalisation, ou de cadreur, ne sont pas plus importants que les autres. Il s’agit de démystifier l’objet caméra, pour leur faire sentir qu’un film, c’est beaucoup plus large qu’une simple caméra, c’est un projet d’ensemble, qui doit être organisé pour pouvoir exister. Il y a donc notamment une grande importance de l’assistant-réalisateur.
Le tournage
La troisième séance est le tournage lui-même (1 journée). Il s’agit pour moi tout d’abord de les aider à construire un plan de travail réaliste pour la journée, quitte à simplifier leur découpage technique, afin qu’ils puissent tout faire. Puis, de les laisser mettre en place de façon autonome leur tournage, en les aguillant au fil du travail.
L’exemple d’une scène
Deux personnages devaient entrer dans la maison, sont suivis en panoramique par la caméra, commencent à monter l’escalier, quand, de derrière le canapé, tous leurs amis se lèvent pour leur faire la surprise, « Bon anniversaire ! ».
J’invite les élèves à faire des répétitions et ne tourner la première prise que lorsque tout sera prêt.

Ils tournent la première prise : la caméra a eu des accoups, les acteurs n’étaient pas très bien placés et se sont cachés les uns les autres, les amis se sont levés un peu tard, ce qui fait que le couple à dû les attendre, ce qui s’est senti.
Je demande à la réalisatrice et au cadreur, après la prise, si ça va pour eux : oui, ils sont très contents.
Ils n’avaient simplement pas conscience de tous ces détails, que j’avais perçus. Je leur ai donc simplement expliqué ce que j’avais vu. Leur regard, du fait de ces précisions de ma part, s’est tout de suite aiguisé. C’est simplement des choses qu’ils ne voyaient pas, ce qui est bien normal, on ne voit pas ce que l’on ne connaît pas.
Forts de cette nouvelle conscience, ils ont retravaillé leur scène, refait des répétitions, et sont arrivés, eux-mêmes, de façon tout à fait autonome, à un résultat précis, à la hauteur de leur ambition.

Atelier réalisation d’un film pour une classe de troisième : la création d’un point de vue
Festival International de Films de Femmes de Créteil, 2005
Dans le cadre du Festival International de Films de Femmes de Créteil, une section, « Graines de cinéphages », cofinancée par l’Académie de Créteil, est à destination des élèves des collèges et lycées de la Région. Dans cette section, le Festival propose un atelier réalisation, animé par Benoît Labourdette. Compte-rendu de l’atelier de réalisation en mars 2005.
Comment faire faire un film à une classe entière ? Approche pédagogique.
L’enjeu n’est pas de faire un film, l’enjeu est l’apport au niveau pédagogique pour les élèves. Tout le travail, dans ce type d’atelier, consiste à mettre en place les dispositifs de réalisation audiovisuelle qui vont être les plus bénéfiques pour les élèves, dans leur découverte de « l’envers du décor ». Le film lui-même est un exercice, un fil conducteur.
L’atelier réalisation se déroule en trois mâtinées.
Mâtinée découverte : la classe est divisée en 4 groupes, qui découvre chacun, à tour de rôle, quatre pôles, répartis dans une grande salle : le cadrage, l’éclairage, le son, l’analyse.
Mâtinée préparation du tournage : les 4 groupes préparent, répètent, chacun une partie des scènes du film.
Mâtinée réalisation : les 4 groupes tournent les scènes du film. Puis le montage du film est fait collectivement, manipulation par l’animateur.
La découverte par soi-même
Le premier jour, les élèves sont face à un matériel qu’ils doivent appréhender eux-mêmes, très concrètement : ce sont les rallonges qui tirent, les projecteurs brûlants, l’image trop sombre ou trop claire, le son pas assez fort, etc, qui amènent les élèves à prendre conscience de la réalité matérielle du travail de production des images et des sons. En quelques instants, du fait de leur relation directe à cette réalité, l’image est démystifiée, ils vivent le fait qu’elle ne peut pas être magique.
Le film lui-même
Comment faire ce film ?
Nous n’avons pas parlé de scénario. En amont, je demande aux enseignants de faire en sorte que la classe écrive un scénario.
Ce qui se passe concrètement, souvent, c’est que c’est l’enseignant, lui-même passionné de cinéma, sinon il ne serait pas là, qui prend en charge, au mieux la mise au forme, et souvent l’écriture même du scénario. Mais cela n’est pas grave. Tout cela, ce sont des outils pédagogiques, et ce qui compte, à travers l’expérience que les élèves vont vivre, c’est ce qu’ils vont en apprendre en traversant cette expérience, ou plutôt ce dont ils vont être enrichis.
Le scénario de la classe de troisième en 2005
Pour résumer le scénario : il s’agissait de parler des violences familiales. Deux amis du grand frère d’une jeune fille viennent le voir en lui disant qu’ils l’ont vue dans la rue, « habillée comme une pute », en train de « traîner avec un vieux ». Le frère, hors de lui, va dans la chambre de sa soeur, qui est en train de lire sur son lit, et la frappe. Une situation assez réaliste pour eux, qu’ils souhaitent dénoncer avec ce film.
La préparation du tournage
Faire répéter les acteurs, construire les décors, préparer les axes de prise de vue, des costumes, donner à chacun un rôle précis pour préparer ce tournage.
Le tournage
Investir les élèves, par l’encadrement, dans une méthode de travail professionnelle, où chaque élément est validé avant que de commencer le tournage, chacun assumant son rôle. Faire en sorte de simplifier le découpage technique, afin que le tournage puisse se faire assez vite, et le montage aussi. Concentration de tous pendant ce moment. Cette concentration a été rendue possible du fait que chacun avait conscience, de par sa propre découverte personnelle, de l’importance de chaque détail, que les images et les sons ne pourraient exister que grâce à la conjonction globale de tous les paramètres.
Le tournage se passe très bien.
La scène dans la chambre du frère, dans laquelle les deux copains viennent lui annoncer la nouvelle, et la scène dans la chambre de la soeur, où le frère vient la frapper.
Le montage
Pour moi, un moment essentiel du travail, auquel j’ai laissé suffisamment de temps, pour pouvoir faire sentir aux élèves, leur faire parcourir le chemin de la construction du point de vue : Nous faisons un premier montage, en suivant le scénario, dans lequel, tout d’abord on voit les deux copains arriver chez le frère, puis le frère sortir, arriver dans la chambre de la soeur, et frapper la soeur. Nous avons travaillé sur la qualité des raccords, du découpage, le rythme. Un montage parfait, si l’on peut dire.
La construction du point de vue
Et puis, on regarde le film, et je leur demande ce que dit ce film au spectateur. Ils se rendent compte, petu-être pas tous, mais plusieurs assurément, que ce film n’a pas de point de vue, ou a plutôt un point de vue très contestable, à l’inverse du projet de départ : on voit cette situation, et le film ne nous dit rien sur l’attitude du frère, on peut tout à fait voir ce film et y conforter son point de vue que le frère a eu bien raison de frapper sa soeur ! Le but à tous, explicité au départ, avec ce projet de film, était de faire l’inverse : il s’agissait de dénoncer ce type de pratique.
Que se passe-t-il ?
La réponse vient par la mise en pratique du montage pour construire le point de vue, que je fais devant eux :
Je mets au tout début du film, en première image, un plan de la soeur, toute seule dans sa chambre, en train de lire. Elle se présente donc déjà comme le sujet principal du film, ce qui n’était pas le cas dans la première version.
On voit ensuite le frère dans sa chambre, et les deux copains qui arrivent. Pendant leur discours accusateurs sur la soeur, on fait un insert sur la soeur, toujours en train de lire tranquillement (on fait une opposition visuelle). Ce qui fait que le spectateur, pendant leur discours, construit son propre point de vue, défavorable, puisque l’image prouve le contraire de ce qui est dit.
Le frère va ensuite frapper sa soeur. On le fait la frapper quasiment tout de suite, alors que dans la première version, il y avait une petite engueulade avant : cela met en avant l’aspect arbitraire du geste du frère.
Après, le frère s’en va, et on reste sur le soeur, en gros plan, en train se pleurer, puis de se reprendre, de se recoiffer… On voit qu’elle souffre, on est face à un être humain, on partage sa douleur.
Deuxième montage du film
On regarde la deuxième version du film : tout à coup, c’est l’histoire de la soeur que nous conte le film, on vit sa douleur, c’est le sujet du film. Les élèves ont vu, en pratique, comment le travail de montage pouvait changer le point de vue. En quelques minutes et quelques manipulations d’images simples, on est passé d’un film qui pouvait prendre une valeur machiste à un film clairement féministe et généreux dans ce point de vue là.
Après
Les enseignants conservent une copie du film, et peuvent la dupliquer pour les élèves.
Apports pour les élèves
Démystification de la fabrication des images.
Place de chacun, rôle de chacun pour aboutir à la réalisation du film.
Vécu vraiment réel du fait que ce qu’on reçoit d’un film est le résultat de manipulations, et n’est en rien mimétique du réel.
Valorisation d’avoir créé un « vrai » film.
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