Ateliers "Filmer le réel" (Forum des images 2010-2011)


Le Forum des images organise, lors de l’année scolaire 2010-2011, à plusieurs établissements scolaires de la ville de Garges lès Gonesse, des ateliers de réalisation de films avec téléphone portable. Projet ambitieux, sur une longue durée, et synergie entre une classe de CM2, des collégiens de plusieurs niveaux et une classe de seconde. Animé par Benoît Labourdette.

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Ateliers Caméras de poche, ou "Pocket Films"


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Ateliers "Filmer le réel" (Forum des images 2010-2011)

Collège Paul Eluard (Garges lès Gonesse). Premier jour d’atelier réalisation avec téléphone portable

Lundi 14 février 2011.

Forum des Halles (Paris)

Le travail d’atelier de réalisation de films avec téléphone portable, avec une classe de collégiens de Garges-Lès-Gonesse, se déroule sur 3 jours complets, pendant les vacances de février 2011. Le Collège Paul Eluard permet ce type de projet. Le groupe, constitué de 8 élèves, est hétérogène, de la 6è à la 3è.

Les élèves se sont auparavant, au mois de janvier, rendus au Forum des images, voir le film "District 9", dans le cadre de la programmation du Festival "Un état du monde et du cinéma". Séance qui fut présentée et commentée.

Filmer le réel

Sous l’impulsion de l’enseignante, l’idée est que les jeunes ne restent pas dans leur quotidien, mais en partent, pour "ouvrir" quelque chose.

Nous décidons que le tournage se fera à Paris, dans le quartier des Halles, qui va être prochainement totalement rénové, détruit pour être reconstruit.

Préparatifs

Je mène cet atelier avec l’enseignante d’art plastique du collège Paul Eluard, Virgine Restain, ainsi que deux autres enseignants du même collège, qui participent au projet, une enseignante de français, Dorothée Cuny, et un enseignant d’anglais, O. de Medeiros. Il y a une vraie motivation, un sens du projet pédagogique chez les enseignants, que j’admire toujours.

Le matin du premier jour, en classe, les élèves se sont répartis par groupes de deux. Chacun des groupes a écrit un petit texte sur sa vision de Paris, qu’un des élèves lit à voix haute. Puis, je note au tableau les diverses idées, à partir d’une comparaison entre Garges-Lès-Gonesse et Paris : touristes, richesse, pigeons...

Je fais parler les jeunes sur ce qu’ils filment avec leurs téléphones. Je situe l’importance de l’image amateur, dans la construction de son identité. Je leur donne des techniques d’écriture de scénario : la construction du suspens, de l’émotion, du rire... nous parlons beaucoup de films comme Rec, Cloverfield, Paranormal activity, qu’ils connaissent. Et nous parlons aussi de District 9, de la symbolique de ce film contre le racisme.

Je leur situe que le film qu’ils vont faire dans le cadre de l’atelier est un film pour un autre, un film qu’ils offriront à ses spectateurs, qu’ils ne connaissent pas, qui doit provoquer un effet chez le spectateur. Petite liste qu’ils font : faire peur, faire pleurer, faire rire, impressionner / halluciner, ennuyer, faire rêver, dénoncer, donner des renseignements, raconter une histoire, faire un remake...

Je les fais travailler sur leurs souvenirs du Forum des Halles, ce qui leur revient, ce sont surtout des couloirs, l’idée du labyrinthe, les trains, les salles de cinéma. L’extérieur n’est pas très présent.

Nous regardons un film de promotion, sur le site internet de la Ville de Paris, pour le projet de rénovation du Forum des Halles. Nous en parlons ensuite, nous l’analysons, voyons qu’il n’y a pas (ou très peu) de projet de changement des quais des trains, le lieu qu’on parcours le plus. Je propose un regard très critique sur le projet, que nous "démontons" point par point. Nous regardons le Forum des Halles futur sous toutes ses coutures.

Puis je raconte un peu l’histoire des Halles, ce que c’était avant.

Et je leur demande ce qu’ils aimeraient, à priori, apporter aux spectateurs. Ce qui vient est : drôle, action, whaouh...

Enfin, nous regardons un film tourné avec téléphone portable à partir du site internet www.festivalpocketfilms.fr, Les ongles, de Clément Deneux, un film dans la veine de Rec.

Repérages à Paris

Nous partons à Paris.

A l’arrivée dans la gare du Forum des Halles, l’enseignante me fait remarquer qu’ils regardent les lieux complètement différemment. Tout est commenté, comparé au projet futur.

Nous allons faire des repérages, c’est à dire nous déplacer dans la ville dans une temporalité qui n’est ni celle du quotidien, ni celle du touriste, une temporalité de travail, ce qui n’est pas du tout une relation habituelle au réel. L’objectif de ce type d’atelier est de faire travailler les jeunes sur leur regard, construire un regard personnel et singulier, prendre conscience qu’on en a vraiment un, et travailler à sa mise en forme.

Nous déjeunons sur une place derrière l’Eglise Saint Eustache, sur laquelle il y a une grande sculpture (une tête endormie). Là, trois femmes proposent des "free hugs", câlins gratuits. Discussions à ce sujet : pourquoi font-elles cela ? On prend le temps de les regarder.

Puis l’une d’entre elles s’approche du groupe, et propose un spectacle, gratuit. Elles jouent plusieurs scènes d’un spectacle, dont elles nous expliquent qu’il est construit à partir de témoignages de femmes. Puis, certains élèves osent les enlacer. Elles ont offert leur spectacle, sans demander d’argent. C’est pour moi une situation sur laquelle je pourrais m’appuyer : l’objectif de leur film, c’est d’être offert à ses spectateurs, c’est une démarche de générosité, à l’image de ce que ces trois femmes ont fait.

Ensuite (je synthétise), j’ai demandé à chacun de prendre une feuille de papier, et nous avons nommé le lieu : "La place endormie". Puis, nous avons parcouru différents lieux dans le Forum des Halles, et nous nous sommes arrêtés, pour prendre le temps de regarder autour de nous, de laisser le monde venir à nous. Et nous avons ainsi nommé ces lieux :

- L’aire de jeux en travaux.

- Porte du Louvre.

- Galerie marchande nouveau Forum.

- Place carrée.

- Guide robot.

- Le château fort / Le château des Halles.

- Les croisements des regards.

- La place des danseurs.

A chaque endroit, des rencontres se sont faites, parfois des gens sont venus vers nous, une petite situation s’est nouée. Et puis je leur demande d’avoir des idées, de réfléchir à ce qui pourrait se passer.

Nous empruntons l’escalator qui sort du Forum des Halles, pour voir la différence avec la démonstration du futur escalator du film. Et je propose qu’on redescende, puis qu’on remonte, et que chacun, après, raconte une personne qu’il a vue dans cet escalator (on croise ceux d’en face, et les regards se croisent).

Ce fut un bel échange, chacun raconte sa vision d’une personne qu’il a remarquée. Un travail de regard sur l’autre, de mémoire, de mise en forme de sa vision, par les mots, et de partage. Après cela, je ne sais plus vraiment où aller, et l’un des élèves propose une destination. Nous l’y suivons. Il est fier. Nous observons des danseurs, nous rencontrons un gardien, qui nous explique son travail.

Enfin, j’invite le groupe au café "Le père tranquille", pour se réchauffer. Ambiance cosy, canapés profonds, serveur respectueux, cela valorise leur place.

Je demande à chacun des quatre groupes de choisir un lieu, et d’y imaginer un projet de tournage :

- Le château des Halles. Sujet : la prison du futur.

- La galerie marchande. Sujet : montrer les gens riches.

- La place endormie. Sujet : faire parler les pigeons.

- Le guide robot. Sujet : quelqu’un se retrouve emprisonné dedans.

Je leur donne ensuite des conseils techniques, sur la façon de tourner les films, le travail du plan-séquence.

Rendez-vous le lendemain matin pour les tournages !

Le 20 février 2011 par Benoît Labourdette.
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Collège Paul Eluard (Garges lès Gonesse). Deuxième jour d’atelier réalisation avec téléphone portable

Mardi 15 février 2011.

Forum des Halles (Paris)

Le deuxième jour d’atelier se déroule en deux parties :

  1. Tournage des films.
  1. Visionnage des films.

Le matin, donc, chaque équipe part tourner son film, en plan-séquence. Chaque équipe est accompagnée par un enseignant, qui doit en faire le moins possible. Et il n’y aura pas de montage après, donc cela demande une extrême concentration. Et les choses sont difficiles : ceux qui veulent faire parler les pigeons ont du mal avec ces animaux, ceux qui veulent travailler avec un ordinateur qui donne la direction ont du mal avec la disponibilité de l’objet, ceux qui veulent filmer les magasins ont du mal avec les commerçants réticents (mais il y a aussi des commerçants sympathiques et solidaires) et les vigiles, ceux qui veulent filmer une partie du Forum des Halles comme une prison ont des problèmes avec des gens qui traversent le cadre, etc.

Logistique

Donc, beaucoup de difficultés logistiques, que chaque petit groupe doit gérer, tout en travaillant le scénario, le sens du film. C’est très difficile, il faut recommencer maintes fois, et personne n’est fier... c’est simplement du travail. Par ailleurs, deux élèves nouvelles sont arrivées le matin même, qui n’ont pas participé à la première journée, elles seront donc actrices pour deux des groupes (façon de les investir dans le projet).

Visionnage

L’après-midi, retour au Collège de Garges lès Gonesse, pour regarder, sur grand écran, deux versions de chacun des 4 films, et les commenter. On se rend compte qu’en fait, tous les films fonctionnent très bien, ont chacun de grandes qualités poétiques. C’est très satisfaisant. Cela tient beaucoup au fait qu’on a donné de la valeur à ce moment de visionnage : on s’est fait rouvrir le collège (qui était fermé au rideau de fer), on y est revenu, exprès pour pouvoir regarder les films dans de bonnes conditions. On a donc, par ce parcours, construit une position de spectateur, ce fut toute une démarche pour se préparer à voir les films. Donc, chacun a une certaine distance.

Elaboration

A partir de ces visionnages, on se rend compte que les 4 films peuvent se répondre, et former un ensemble. On en décide l’ordre. Et on réfléchit sur les façons concrètes d’améliorer chacun des films, ainsi que de faire en sorte qu’ils s’articulent bien les uns aux autres. Donc, rendez-vous est pris pour le lendemain matin, pour refaire les tournages !

Le 20 février 2011 par Benoît Labourdette.
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Collège Paul Eluard (Garges lès Gonesse). Troisième jour d’atelier réalisation avec téléphone portable

Mercredi 16 février 2011.

Forum des Halles (Paris)

Le matin du troisième jour, il s’agit pour les jeunes de refaire les tournages des films, forts du visionnage de la veille et de toutes les améliorations possibles. Chacun des quatre groupes fait face à de nouvelles difficultés ou facilités. Le groupe qui fait parler des pigeons a acquis une compétence qui lui donne une grande efficacité. Le groupe qui crée une mise en scène de prison sur la place basse du Forum des Halles est tout de suite repéré par les gardiens, du fait de sa meilleure organisation, et il faut demander une autorisation de tournage, etc.

Tournages : aller plus loin

Chacun des groupes peut vraiment aller plus loin dans le travail de mise en scène cinématographique, travailler le scénario, le jeu d’acteur, la technique. C’est vraiment l’objectif pédagogique de ce projet que d’amener les jeunes à approfondir la qualité de leur expression audiovisuelle. Par ailleurs, des relations entre les films, des personnages récurrents notamment, sont mises en oeuvre. Les groupes, sachant exactement ce qu’ils ont à faire (défini la veille) demandent aussi de l’aide aux autres (pour bloquer le passage des passants pendant les tournages par exemple).

Montage : le film existe

Le midi, après les tournages, tout le monde est épuisé, et retour au Collège à Garges-Lès-Gonesse pour choisir et agencer ensemble les films. Il y a tout d’abord le visionnage, puis le choix des meilleures prises. Tout le monde se rend compte que cela valait vraiment la peine de refaire les tournages, les nouvelles versions sont bien meilleures que les premières. Puis, on agence les séquences les unes après les autres, ce qui est assez rapide (je réalise cet assemblage avec un logiciel de montage, visible en vidéoprojection, donc toutes les décisions de montage sont faites collectivement, et il y en a assez peu, puisque c’est un assemblage de plans-séquence. On prend le temps de faire le générique, ce qui est important : inscrire l’importance de chacun dans ce projet.

Projection

Et enfin, nous terminons la journée par le projection du film terminé, dont le titre est "2011 The last Forum" (13’30s), en présence du chef d’établissement. Moment très valorisant pour les jeunes.

Le rendez-vous suivant est trois mois plus tard, pour une projection commune, au Forum des images, des films des collégiens, des lycéens et des élèves d’école primaire de Garges-Lès-Gonesse.

Le 20 février 2011 par Benoît Labourdette.
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