Collège Paul Eluard (Garges lès Gonesse). Premier jour d’atelier réalisation avec téléphone portable

Lundi 14 février 2011.

Forum des Halles (Paris)

Le travail d’atelier de réalisation de films avec téléphone portable, avec une classe de collégiens de Garges-Lès-Gonesse, se déroule sur 3 jours complets, pendant les vacances de février 2011. Le Collège Paul Eluard permet ce type de projet. Le groupe, constitué de 8 élèves, est hétérogène, de la 6è à la 3è.

Les élèves se sont auparavant, au mois de janvier, rendus au Forum des images, voir le film "District 9", dans le cadre de la programmation du Festival "Un état du monde et du cinéma". Séance qui fut présentée et commentée.

Filmer le réel

Sous l’impulsion de l’enseignante, l’idée est que les jeunes ne restent pas dans leur quotidien, mais en partent, pour "ouvrir" quelque chose.

Nous décidons que le tournage se fera à Paris, dans le quartier des Halles, qui va être prochainement totalement rénové, détruit pour être reconstruit.

Préparatifs

Je mène cet atelier avec l’enseignante d’art plastique du collège Paul Eluard, Virgine Restain, ainsi que deux autres enseignants du même collège, qui participent au projet, une enseignante de français, Dorothée Cuny, et un enseignant d’anglais, O. de Medeiros. Il y a une vraie motivation, un sens du projet pédagogique chez les enseignants, que j’admire toujours.

Le matin du premier jour, en classe, les élèves se sont répartis par groupes de deux. Chacun des groupes a écrit un petit texte sur sa vision de Paris, qu’un des élèves lit à voix haute. Puis, je note au tableau les diverses idées, à partir d’une comparaison entre Garges-Lès-Gonesse et Paris : touristes, richesse, pigeons...

Je fais parler les jeunes sur ce qu’ils filment avec leurs téléphones. Je situe l’importance de l’image amateur, dans la construction de son identité. Je leur donne des techniques d’écriture de scénario : la construction du suspens, de l’émotion, du rire... nous parlons beaucoup de films comme Rec, Cloverfield, Paranormal activity, qu’ils connaissent. Et nous parlons aussi de District 9, de la symbolique de ce film contre le racisme.

Je leur situe que le film qu’ils vont faire dans le cadre de l’atelier est un film pour un autre, un film qu’ils offriront à ses spectateurs, qu’ils ne connaissent pas, qui doit provoquer un effet chez le spectateur. Petite liste qu’ils font : faire peur, faire pleurer, faire rire, impressionner / halluciner, ennuyer, faire rêver, dénoncer, donner des renseignements, raconter une histoire, faire un remake...

Je les fais travailler sur leurs souvenirs du Forum des Halles, ce qui leur revient, ce sont surtout des couloirs, l’idée du labyrinthe, les trains, les salles de cinéma. L’extérieur n’est pas très présent.

Nous regardons un film de promotion, sur le site internet de la Ville de Paris, pour le projet de rénovation du Forum des Halles. Nous en parlons ensuite, nous l’analysons, voyons qu’il n’y a pas (ou très peu) de projet de changement des quais des trains, le lieu qu’on parcours le plus. Je propose un regard très critique sur le projet, que nous "démontons" point par point. Nous regardons le Forum des Halles futur sous toutes ses coutures.

Puis je raconte un peu l’histoire des Halles, ce que c’était avant.

Et je leur demande ce qu’ils aimeraient, à priori, apporter aux spectateurs. Ce qui vient est : drôle, action, whaouh...

Enfin, nous regardons un film tourné avec téléphone portable à partir du site internet www.festivalpocketfilms.fr, Les ongles, de Clément Deneux, un film dans la veine de Rec.

Repérages à Paris

Nous partons à Paris.

A l’arrivée dans la gare du Forum des Halles, l’enseignante me fait remarquer qu’ils regardent les lieux complètement différemment. Tout est commenté, comparé au projet futur.

Nous allons faire des repérages, c’est à dire nous déplacer dans la ville dans une temporalité qui n’est ni celle du quotidien, ni celle du touriste, une temporalité de travail, ce qui n’est pas du tout une relation habituelle au réel. L’objectif de ce type d’atelier est de faire travailler les jeunes sur leur regard, construire un regard personnel et singulier, prendre conscience qu’on en a vraiment un, et travailler à sa mise en forme.

Nous déjeunons sur une place derrière l’Eglise Saint Eustache, sur laquelle il y a une grande sculpture (une tête endormie). Là, trois femmes proposent des "free hugs", câlins gratuits. Discussions à ce sujet : pourquoi font-elles cela ? On prend le temps de les regarder.

Puis l’une d’entre elles s’approche du groupe, et propose un spectacle, gratuit. Elles jouent plusieurs scènes d’un spectacle, dont elles nous expliquent qu’il est construit à partir de témoignages de femmes. Puis, certains élèves osent les enlacer. Elles ont offert leur spectacle, sans demander d’argent. C’est pour moi une situation sur laquelle je pourrais m’appuyer : l’objectif de leur film, c’est d’être offert à ses spectateurs, c’est une démarche de générosité, à l’image de ce que ces trois femmes ont fait.

Ensuite (je synthétise), j’ai demandé à chacun de prendre une feuille de papier, et nous avons nommé le lieu : "La place endormie". Puis, nous avons parcouru différents lieux dans le Forum des Halles, et nous nous sommes arrêtés, pour prendre le temps de regarder autour de nous, de laisser le monde venir à nous. Et nous avons ainsi nommé ces lieux :

- L’aire de jeux en travaux.

- Porte du Louvre.

- Galerie marchande nouveau Forum.

- Place carrée.

- Guide robot.

- Le château fort / Le château des Halles.

- Les croisements des regards.

- La place des danseurs.

A chaque endroit, des rencontres se sont faites, parfois des gens sont venus vers nous, une petite situation s’est nouée. Et puis je leur demande d’avoir des idées, de réfléchir à ce qui pourrait se passer.

Nous empruntons l’escalator qui sort du Forum des Halles, pour voir la différence avec la démonstration du futur escalator du film. Et je propose qu’on redescende, puis qu’on remonte, et que chacun, après, raconte une personne qu’il a vue dans cet escalator (on croise ceux d’en face, et les regards se croisent).

Ce fut un bel échange, chacun raconte sa vision d’une personne qu’il a remarquée. Un travail de regard sur l’autre, de mémoire, de mise en forme de sa vision, par les mots, et de partage. Après cela, je ne sais plus vraiment où aller, et l’un des élèves propose une destination. Nous l’y suivons. Il est fier. Nous observons des danseurs, nous rencontrons un gardien, qui nous explique son travail.

Enfin, j’invite le groupe au café "Le père tranquille", pour se réchauffer. Ambiance cosy, canapés profonds, serveur respectueux, cela valorise leur place.

Je demande à chacun des quatre groupes de choisir un lieu, et d’y imaginer un projet de tournage :

- Le château des Halles. Sujet : la prison du futur.

- La galerie marchande. Sujet : montrer les gens riches.

- La place endormie. Sujet : faire parler les pigeons.

- Le guide robot. Sujet : quelqu’un se retrouve emprisonné dedans.

Je leur donne ensuite des conseils techniques, sur la façon de tourner les films, le travail du plan-séquence.

Rendez-vous le lendemain matin pour les tournages !

Le 20 février 2011 par Benoît Labourdette.


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