Je filme avec mon mobile ou mon caméscope ? - Entretien avec Benoît Labourdette dans Libération
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(article d’Erwan Lecomte, publié le vendredi 6 juin 2008)
Blottis au fond des poches, ils sont prêts à en jaillir pour immortaliser en vidéo le moindre événement. Et ces petits cyclopes que sont les téléphones portables séduisent un public d’amateurs comme de professionnels. Le festival Pocket Films (1) sera d’ailleurs l’occasion de découvrir, au cinéma, les œuvres de réalisateurs qui tournent avec des mobiles.
En quelques années, la qualité de ces appareils est devenue spectaculaire. Suffisamment pour se substituer à un caméscope ? Pour le savoir, nous avons testé quatre modèles haut de gamme (Nokia N95, Samsung U900, G800, et LG KU990). Tous intègrent des capteurs promettant des images en « 5 mégapixels » soit de 2 592 pixels sur 1 944. De quoi défier plus d’un caméscope.
Mais ne nous emballons pas. Ces valeurs ne concernent que la partie photo. Les vidéos, elles, sont bien plus petites. Même un téléphone haut de gamme « 5 mégapixels » dépasse en réalité à peine les 0,3 mégapixel en résolution vidéo. De plus, les caméscopes sont dotés d’un véritable objectif et non d’un simple « cul de bouteille ». La qualité de l’image est donc, dès le début de la chaîne, bien meilleure que sur un téléphone. « Mais c’est justement cette image imparfaite que recherchent certains cinéastes, explique Benoît Labourdette, coordinateur de Pocket Films et réalisateur. Son rendu est assez proche de celui du super 8 et elle a une identité bien à elle », précise-t-il. De plus, les optiques des téléphones ont fait d’énormes progrès. Et certaines (Carl Zeiss ou Schneider-Kreuznach, par exemple) contribuent à une image d’une étonnante qualité, même dans des conditions difficiles (2). Mais d’autres défauts demeurent, comme la faiblesse du zoom optique (lorsqu’il est présent). Et l’impossibilité d’en maîtriser la vitesse. De plus, les téléphones n’ont ni pas-de-vis pour accueillir un pied, ni entrée audio pour un microphone externe. Aussi, les vidéastes ont-ils recours au système D : un verre à pied rempli de riz fera office de pied, et un kit main libres trafiqué deviendra un adaptateur micro.
Ultime défaut : « Chaque constructeur utilise son propre système de compression du son et des vidéos. Et il est souvent nécessaire de batailler pour convertir les vidéos, sans perte de qualité, pour que le logiciel de montage puisse les traiter », précise Benoît Labourdette.
Mais le mobile n’a pas que des désavantages. Il intimide moins l’interlocuteur. Et surtout, il est en permanence dans la poche, toujours prêt à filmer. Les vidéos ainsi capturées se montrent, s’échangent et s’exportent facilement sur une galerie en ligne. « Téléphones et caméscopes correspondent à deux usages distincts, résume Laurent La Rocca, chef de produits mobiles chez Sony Ericsson. Le mobile capture l’insolite et l’immédiat alors que le caméscope enregistre en HD des moments anticipés (voyage, naissance…) ». D’après les données GFK, les ventes de caméscopes en France sont stables depuis 2006. Mais vu la vitesse à laquelle progressent les téléphones, les caméscopes d’entrée de gamme ont du souci à se faire.
(1) Organisé par le Forum des images, du 13 au 15 juin, au Centre Pompidou à Paris. (2) Exemple de réalisation : www.theworldisdaft.com.
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