Elaboration : Séminaires, transmissions

13 décembre 2005

Surgissement

Les séminaires, la transmission de la psychanalyse.

Un après de l’analyse personnelle, un avec, un autrement.

Un lieu de réflexion, un espace de mouvement, de blocages, de contradictions, d’inventions, d’histoire, de surgissement. Le lieu tiers, le groupe ou l’institution.

Et peu à peu, le regard qui se glisse et voit surgir ce fil invisible, indicible de la transmission, de l’émotion, une expérience qui appelle d’autres expériences, une palpitation qui appelle un écho, des variations, des vibrations. Des positions de maîtres à auditeurs, un jeu complexe de variations, d’enjeu de projection et de désirs qui se nouent. Un va et vient incessant, qui parfois pourtant cesse. Un maître déchu, des auditeurs qui se lassent, une alchimie qui s’enfuie. Et puis, des rencontres qui restent, inscrites, pénétrantes. Des questions qui font leurs chemins, des jeux de mots qui se jouent de nous...

Parfois lieux de savoirs et de théorisations, d’autres fois espaces de transmission, voir d’émotion, dans tous les cas moments de convocation de l’inconscient, occasion de relance et de questionnement d’un désir. Chacun cherche des voix qui ouvriront, fragilement, des voies, des lieux de recherche...

De nourritures terrestres à nourritures de l’inconscients. De savoir à poésie. D’une humanité qui cherche au-delà des bons sentiments et d’une morale collective.

D’une éthique du désir... de ses débordements, de ses points d’achoppement.

Le film

Sans vouloir faire le tour de quoi que ce soit, sans volonté de théoriser, juste un regard, subjectif et sensible, des instants au hasard des rencontres et des mots. La pensée de quelques uns qui se prête aux autres. La beauté d’une image est transmise : Jean Oury nous transmet la richesse d’une expérience, de son expérience, d’une rencontre, qui a fait marque dans son existence... mais Jean Oury la transmet aussi dans son visage, son regard, son corps... et cela diffuse... des centaines d’auditeurs, ici venu recevoir, percevoir une expérience singulière. La vibration d’une main qui prend des notes, une autre en suspens, l’expérience d’individus, chacun dans leur singularité, qui viennent orienter quelque chose de leur chemin, une autre voie.

Houchang Guilyardi qui questionne son auditoire "sommes-nous tous psychotiques ?" avant de glisser plus tard qu’il ne s’agit pas d’utiliser des placebos, mais de placer du beau...

On glisse, accompagnés, autorisés, d’une recherche d’un savoir, à l’expérience d’un vécu. Celui de l’existence, de la poésie, du sens.

Pierre Guillet nous transmettra l’expérience d’un amour de fin de vie. La fuite dans la démence pour rester auprès de l’amant perdu... peut-être une manière de le rejoindre avant l’heure, loin du regard de ceux qui ne comprendraient peut-être pas.

Un petit bout de chemin dans la poésie de la transmission, la poésie de la psychanalyse... peut-être une œuvre de création collective et infinie. Certains voudraient la mort de la psychanalyse. Certainement n’entendront-ils jamais chanter les voix de ceux qui retrouvent la valeurs de leurs mots, une parole, la profondeur d’une histoire à traverser.

Quand une société tremble devant la menace de la dépression, quand une société instaure des lois pour dépister les enfants de moins de trois ans, afin de les rééduquer et d’éradiquer les troubles mentaux à l’adolescence et à l’âge adulte, on est heureux d’entendre Jean Oury répéter que la meilleur chose qui puisse arriver à un individu, c’est une vraie dépression... bien analysée. Là peut-être commencerait la possibilité d’une véritable expérience de l’existence....

De la réalisation d’un film à un projet d’événement : "Les rencontres Cinéma Psychanalyse"

Et, commençant, avec ma caméra, à enregistrer des instants, des moments de cette poésie de la transmission, je me suis retrouvée confronté à une dimension bien moins poétique. La peur de l’image (alors que les séminaires fourmilles d’enregistreurs sonores), les questions autour du droit à l’image, de la propriété intellectuelle et pour finir la revendication des droits institutionnels... tout ça pratiquement sans jamais évoquer l’éventuel intérêt de la présence d’un regard, d’une perception, qui pourra, à sa manière, participer à cette expérience de la psychanalyse.

"Caméra, image, possibilité d’exploitation", des symboles qui font peur et font surgir de puissants fantasmes (reconnaissance, pouvoir, paranoïa...).

Cela vient en échos avec d’autres lieux de résistance, édifiants quant à ce qui est en jeux dans ces peurs de l’images : les lieux tabous, intouchables par l’images : prisons, morgues... et tous les lieux d’enfermements. Chacun enfermerait-il quelque chose de tabou, d’inviolable. Y aurait-il une part insondable de forclusion en chacun de nous ?

Comment entendre le surgissement de telles peurs...

Caroline Labourdette

Le 20 février 2006 par Caroline Labourdette.



Répondre à cet article

modération à priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici


Dans cette rubrique

Découvrez aussi


Projet : psychanalyse et transmission


Projets


Voir aussi