La diffusion de court-métrages sur écrans mobiles
Regarder des films en situation de mobilité
En 2006, il existe un certain nombre de moyens de "consommer" de la vidéo en situation de mobilité, c’est à dire ailleurs que sur sa télévision ou dans une salle de cinéma.
Les lieux de la mobilité pour la vidéo sont :
L’ordinateur personnel : Il permet le téléchargement ou le visionnage en direct de vidéo à partir des sites de VOD (Video On Demand : on choisit une vidéo, on la paie, et on la voit). Il n’est pas mobile, mais il est lié à la mobilité, en ce qu’il va souvent être le moyen par lequel la vidéo arrive, et est transférée sur un appareil mobile.
L’ordinateur portable : C’est le moins mobile de tous, mais il existe tout de même, et se miniaturise de plus en plus.
L’agenda électronique : il peut embarquer de la vidéo téléchargée à partir d’un ordinateur, ou en télécharger lui-même s’il est doté d’une connexion internet.
Le téléphone mobile 3G et/ou Edge : il peut recevoir des flux ou de la vidéo à la demande, principalement à partir des portails des opérateurs de téléphonie mobile. Bientôt, il pourra recevoir la TNT "mobile", nommée DVBH.
Le baladeur vidéo : la marque la plus connue est Archos, c’est une sorte de baladeur/magnétoscope, doté d’un écran autonome, assez grand et de bonne qualité.
La PSP : Playstation portable, de chez Sony. C’est une console de jeux portable, capable de lire de la vidéo, au moyen d’une sorte de DVD particulière. Il existe déjà un catalogue de films très conséquent.
L’Ipod vidéo : Apple lance l’Ipod vidéo.
Les cinq approches techniques de la diffusion vidéo mobile
On peut distinguer, à mon sens, cinq approches techniques dans le domaine de la diffusion vidéo mobile :
La VOD en streaming sur terminaux mobiles.
Le flux vidéo en streaming.
La vidéo embarquee ou podcastée.
Le download en diffusion propriétaire DRM.
Le download viral.
La VOD en streaming sur terminaux mobiles
A partir d’un téléphone mobile 3G et/ou Edge, on accède au portail wap de son opérateur, dans lequel aujourd’hui il y a toujours une section vidéo. 0n y choisit, à la demande (VOD = Video On Demand), la vidéo que l’on veut regarder. Généralement des formats courts, il y a des infos, mises à jour régulièrement, des fictions, des documentaires, etc. conçus spécifiquement, dans leur durée et dans leurs formes, pour écrans mobiles.
Le flux vidéo en streaming
C’est par exemple les chaînes de télévision disponibles sur téléphone mobile. On ne choisit pas ce que l’on veut voir, on se connecte à un flux. Cela ne semble pas être, à priori, le point fort de la vidéo mobile, mais des statistiques disent que les gens consomment beaucoup de vidéo sur ce mode. D’autres statistiques disent le contraire... Il est probable que les statistiques disent un peu ce que leurs commanditaires ont envie d’entendre. Au demeurant, autant les chaînes hertziennes classiques paraissent inadaptées pour téléphone mobile (si par exemple, je me connecte, à 0,50€ la minute, pendant la pub, qui dure 4 minutes...), autant le développement de flux vidéo adaptées, dans leur rythmes, la durée de leurs programmes, leur habillage, leur propre façon de fixer des rendez-vous, peut paraître tout à fait pertinent.
La vidéo embarquée ou podcastée
C’est ce que tout un chacun peut faire avec son ordinateur, portable ou non, et son agenda électronique par exemple : je trouve sur internet un site qui propose des vidéos à télécharger (gratuites ou payantes), je les télécharge, et ensuite, je les copie où je veux, et, si je le souhaite, sur un appareil mobile. La réception de la vidéo ne s’est pas faite en situation de mobilité, par contre, sa réception, sa "consomation", se fait en mobilité.
Le podcasting est le même principe, un peu plus automatisé, c’est très émergent aujourd’hui : je choisis des thèmes qui m’intéressent, et je reçois de façon automatique les vidéos qui y correspondent, au moyen de sites qui font de "l’agrégation de contenus". Cela pourrait se développer aussi pour les téléphones mobiles, avec une technologie nommée "push to store" : je choisis les thèmes qui m’intéressent, et chaque nuit, automatiquement, se téléchargent dans mon téléphones les vidéos qui y correspondent, que je peux regarder librement le lendemain.
Le download en diffusion propriétaire DRM
Ce n’est pas aujourd’hui développé pour des situations de mobilités, mais cela pourrait le devenir : vous téléchargez un film crypté, et vous pouvez le voir sur votre ordinateur si vous achetez la clé de décryptage, valable 48h ou pour toujours, selon son prix. Une sorte de vidéoclub déporté. Les fournisseurs d’accès internet commencent à proposer ce service de vidéoclub à distance.
Le download viral
Il s’agit d’un film qu’on se transmet, qu’on s’envoie et se renvoie, qui peut faire le tour de la terre très vite. Il peut, bien-sûr, circuler et se transmettre sur des appareils de diffusion vidéo mobiles. A travers les blogs, une vidéo peut passer très vite sur le réseau internet, et atteindre les écrans mobiles. A travers le moblog (je tourne moi-même une vidéo avec mon téléphone mobile et je l’envoie vers un blog, sur lequel il se retrouve publié et disponible tout de suite), des vidéos, comme le mouvement de "happy slapping" en Angletterre, se diffusent très vite. Le Happy Slapping a défrayé la chronique en 2005 en Angleterre : des adolescents filmaient avec leur téléphone des violences faites dans la rue sur des gens, et diffusaient ces vidéos.
Les modèles économiques
Début 2006, les modèles économiques de la diffusion de vidéo en situations de mobilités ne sont pas fixés du tout, ils varient dans leur logique, les situations sont extrêmement différentes, extrêmement foisonnantes. L’opérateur de téléphonie mobile Orange achète des court-métrages un prix forfaitaire à la minute, quelle que soit la quantité de spectateurs, des sites de VOD proposent un partage des recettes en fonction du nombre de visionnages du film, etc.
En 2006, il n’y a pas encore de réelle rentabilité de la diffusion de vidéo pour la mobilité, à part pour les contenus sexy.
Le paysage économique qui semble se dessiner est extrêmement complexe et étoilé, vu les moyens et les voies innombrables de la diffusion de la vidéo en mobilité. Donc, il est difficile, pour des entreprises, des distributeurs, de trouver leur voie, car cela peut représenter beaucoup de travail, notamment au niveau technique et stratégique, pour au final des diffusions très peu rentables.
La place de la France
En ce qui concerne la consommation de vidéo sur téléphone mobile, la France, après la Corée et le Japon, est le troisième pays en terme de quantité de consommation de vidéo sur téléphone mobile.
Un espace pour le court-métrage ?
Le court-métrage a-t-il sa place dans ces nouveaux espaces de diffusion de la vidéo ? Le court-métrage semble avoir une place toute faite, car on imagine que le temps pendant lequel on regarde quelque chose sur un écran mobile est plus court que sur un écran fixe. Mais qu’est-ce qui va motiver le spectateur mobile ? Le plus souvent, c’est la notoriété du contenu qu’on lui propose qui va l’attirer. Pour le court-métrage, ce n’est pas très facile.
Le court-métrage n’est donc pas plus avantagé sur les écrans mobiles qu’ailleurs, mais il y a certainement des chemins à inventer pour lui donner une place peut-être plus importante là qu’ailleurs.
Un bon point pour les court-métrages sur les écrans mobiles
Selon une étude sur la consommation de vidéo chez l’opérateur Orange, le temps moyen de connexion à la vidéo à partir des téléphones mobile est de 1 minute. Par contre, le temps moyen de connexion à des court-métrages à partir de téléphone mobile est de 3 minutes.
Des contenus spécifiques pour la mobilité ?
Un court-métrage, outre sa durée courte, ne "passe" pas forcément très bien sur un petit écran mobile. Imaginons par exemple que visuellement il utilise beaucoup de plans larges... Faut-il construire des contenus spécifiques pour les écrans mobiles ? La question est ouverte, car certains écrans mobiles, comme la PSP (Playstation Portable Sony) ne sont pas si petits que cela, et supportent très bien, vu leur qualité et leur finesse, la diffusion de films de cinéma ; d’ailleurs la quantité de ventes de films pour PSP apporte la preuve que les long-métrages supportent très bien cet écran mobile.
Mais on peut imaginer que les écrans mobiles vont peut-être influencer la grammaire cinématographique, comme la télévision l’avait déjà fait avant.
Bref, que des questions. Des solutions opposées peuvent toutes se justifier.
Les spectateurs deviennent les producteurs
Télé Nantes propose à ses spectateurs des mini reportages réalisés par les habitants avec des téléphones mobiles qu’on leur a prêté, qu’ils envoient à la chaîne via le réseau de l’opérateur SFR. La ville de Rennes, sur son blog, accepte les moblogs vidéo, c’est à dire les vidéos envoyées directement à partir de téléphones mobiles, via le réseau SFR aussi. Canal + lance, avec l’opérateur Orange, la diffusion de "coups de gueule" des gens, qu’ils filment eux-mêmes avec leur téléphone mobile.
Il y a certainement un avenir aux vidéos directement produites par les gens, à la "minute de gloire" qu’elles peuvent provoquer.
La télévision déjà, avec la "real-TV", montre à ses spectateurs leur miroir, cela correspond à une demande. Il semble être dans un mouvement naturel que les gens eux-mêmes produisent une partie du contenu de la vidéo mobile.
Avec le Tsunami fin 2004 et les attentats de Londres en 2005, les images que nous avons vues furent les images de l’intérieur faites par les gens eux-mêmes. Un nouveau point de vue. Des agences de centralisation de ces nouvelles sources d’images se créent déjà.
Et pour le court-métrage ?
Il faut, à mon sens, inventer, inventer, inventer, de nouveaux moyens de diffuser ces oeuvres, qui peuvent être magnifiques, fortes, appréciées par les spectateurs. Comment les toucher ? Rien n’est fixé encore.
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