Pistes de réflexion
La préservation du patrimoine cinématographique
Au départ, Henri Langlois, pirate passionné, si l’on peut dire, car, comme par nécessité, il récupérait, hors de tout cadre juridique, des films dont il savait que s’il ne faisait pas cela, allaient disparaître à jamais. On peut dire : heureusement que quelqu’un, par passion, a enfreint les règles de son temps. Il a créé la Cinémathèque Française, organisme d’Etat aujourd’hui, indispensable.
Aussi les archives du film, qui restaurent le patrimoine et le stockent.
L’INA, qui fait de même pour la télévision, dont le site internet mettant à disposition les archives de la télévision a un succès colossal.
La BBC, qui dans la conception même désormais de son travail de "chaîne", se situe avant tout comme un grand site internet dans lequel on peut naviguer parmi les archives.
Et puis aujourd’hui Martin Scorcese, crée la "World Cinema Cinema Foundation", dédiée à la préservation du cinéma mondial, et l’installe à Genève.
Gageons que cette initiative sera décriée, critiquée. Il y a une dizaine d’années, la Cinémathèque universitaire de l’université de la Sorbonne Nouvelle, l’un des hauts lieus de formation des plus grands penseurs du cinéma en France, qui ont besoin des films, qui sont indispensables à la pérennité de cet art, avait été attaquée en justice par des distributeurs... enquêtes policières avec policiers déguisés en faux étudiants qui venaient constater qu’on leur donnait le droit de pouvoir voir des films introuvables... Heureusement, de justesse, la Cinémathèque universitaire avait été épargnée.
Il y a sans doute un intérêt supérieur à la préservation du patrimoine et à sa transmission, qui est un espace de construction pour tout le monde, et qui est, assurément, un espace où les enjeux commerciaux ne sont plus les mêmes que dans la chaîne d’exploitation première. Pour le moment, il n’y a qu’un vide juridique béant à cet endroit.
L’exception, groupe de réflexion sur le cinéma
Un site passionnant, des analyses poussées, des documents et publications innovants.
Des pistes de réflexion sérieuses, au niveau esthétique, sociologique et économique, autour de Jean-Marc Vernier, directeur adjoint des études de la Fémis.
Site www.lexception.org.
Nouveaux espaces de diffusion pour les clips musicaux
Suite à l’émission de Valli "Système disque" sur France Inter le 26 novembre 2005, sur le thème "VIDEO CLIP : NOUVEAUX SUPPORTS, NOUVEAUX ENJEUX", à laquelle Benoît Labourdette a participé, une réflexion s’est engagée.
Lire l’article sur l’émission.
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Quels sont les enjeux du clip musical aujourd’hui ?
Julien Rigoulot explique que demain la musique va très probablement se vendre avec le clip associé, d’où l’importance du clip. On le voit d’ailleurs déjà aujourd’hui, pour vendre les CD, il y a presque toujours un DVD associé. L’image apparaît comme la voie pour faire vendre la musique. Le paradoxe de la période actuelle, c’est qu’il n’y a jamais eu si peu d’argent pour réaliser les clips, les producteurs de clips sont considérés par les maisons de disques comme de simples prestataires, alors même qu’il semble que l’enjeu essentiel du marché musical soit dans les contenus audiovisuels associés.
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Tout est dans l’échange
Mais il faut prendre en compte les nouveaux enjeux de la diffusion, de musique et de vidéo. Ce manque de moyens chronique depuis 5 ans pour le financement des clips est à mon sens le signe d’une évolution des usages. Que se passe-t-il concrètement ? Les gens échangent des petits films par mail, téléchargent, des jeunes font des play-backs hilarants sur des chansons, sans aucun droit, et ces petits films se diffusent, de façon "virale" (c’est à dire que les gens se les envoient, renvoient), en masse. Il y a un échange. Tout est là.
Il me semble que l’enjeu de la diffusion ne se situe plus tant au niveau de la qualité technique d’un clip que dans les échanges qui se mettent en place.
Un clip, c’est avant tout un outil de promotion pour une chanson. On peut essayer de tirer la couverture à soi, mais, qu’est-ce qui est essentiel dans un clip ? Mettre en valeur la chanson, sinon il n’a pas lieu d’être.
Donc, si ce qui compte pour valoriser la chanson, c’est la qualité de l’image, la beauté du montage, etc. alors oui, il faut faire des beaux clips, l’enjeu est là. Mais si ce qui compte pour valoriser la chanson, c’est que l’image associée, drôle, forte étonnante, soit la plus échangée possible, entre les gens, sur les blogs, diffusée sur le minuscule écran des téléphones, des ipods etc. alors, quel est le nouveau travail des producteurs de clips ?
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Travailler sur le buzz
On le voit, on le dit, la qualité des bonus DVD vendus avec les disques est mauvaise, c’est un copain du chanteur qui a fait un vague documentaire de 52 minutes à moitié nul. Mais pourtant, c’est ça qui fait vendre ! C’est que l’enjeu, justement, se situe non plus tant dans la qualité "artistique" de la vidéo associée, mais dans sa valeur d’échange, d’intimité avec l’artiste que cela procure. Aujourd’hui, les gens savent zapper, savent manipuler la vidéo, sauter les chapitres qui les ennuient.
Prendre en compte la réalité. Et proposer, peut-être, non pas un clip, mais dix, vingt clips différents, spontanés, en fonction des cibles, en fonction des contextes, par exemple, cela peut être une piste.
Et d’ailleurs, au fond, qu’est-ce qu’un film, qu’est-ce qu’une oeuvre audiovisuelle ? C’est un échange, quelqu’un qui fabrique quelque chose et qui le donne aux autres. Aujourd’hui, ça doit aller dans les deux sens.
Plus d’information sur le buzz marketing :
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L’exemple d’internet
Prenons l’exemple d’internet. Ce qui est riche, ce sont les échanges. Un site vitrine, où il y a un producteur et un spectateur, ça ne marche plus, ça n’intéresse plus les gens, ça ne m’intéresse plus. Par contre, un site vivant, un blog, où les gens échangent, où on n’est pas forcé d’intervenir, mais on est enrichi par les échanges. Le sens ne naît plus de quelqu’un qui le maîtrise et qui le distille, le sens naît de ce qui se passe entre les gens, de la vie tout simplement. C’est la vraie vie qui est là. Cela s’applique aussi à l’audiovisuel. Ce qui sera riche, c’est peut-être que chacun fasse son propre clip d’une chanson, et que les gens se les échangent, pas qu’il y ait un simple clip qui s’impose à tous.
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Tournages avec téléphones mobiles
Je tourne un film avec mon téléphone mobile, je l’envoie immédiatement sur mon blog, et peut-être que quelques jours après, il sera devenu un film viral, et aura eu plus de diffusion que n’importe quel clip.
Que se passe-t-il ? Pourquoi ? Alors que la qualité d’image est "merdique", alors que le montage est approximatif...
Il peut y avoir, dans les vidéos tournées de façon spontanée, justement une spontanéité, un enrichissement, quelque chose d’inhabituel, d’étonnant, bref, du plaisir pour le spectateur. Le plaisir de l’échange.
Je pense que les tournages spontanés, avec téléphones ou autres caméras "amateur", apportent un "mouvement", si on peut dire, qu’il n’y a peut-être plus dans une oeuvre trop bien faite, trop démiurgique.
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Constituer du lien social
Ce qui est important pour les gens aujourd’hui, c’est de constituer du lien social. Les formes de construction socio-culturelles qui avaient forgé les sociétés se délitent une à une. Le lien social ne meure pas, il se reconstruit dans de nouveaux espaces. C’est pourquoi la dimension de l’échange, par l’image animée notamment, est si importante. On en a besoin, car aujourd’hui, mon voisin de coeur n’est pas forcément celui qui habite la maison à côté de la mienne, mais peut-être plutôt celui qui à 10 000 kilomètres de là.
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